En décembre 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a franchi un pas historique en publiant ses toutes premières lignes directrices sur l’utilisation des médicaments GLP-1 dans le traitement de l’obésité chez l’adulte. Pour la première fois, l’institution onusienne reconnaît officiellement que ces traitements peuvent constituer un outil thérapeutique valide, sous conditions strictes. Cette décision a des implications majeures pour les patients français et pour l’avenir de la prise en charge de l’obésité dans le monde.
Pourquoi l’OMS s’est-elle prononcée sur les GLP-1 ?
L’obésité, une pandémie silencieuse
L’OMS estime que plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec l’obésité en 2025, un chiffre qui a quasiment triplé depuis 1975. En France, selon les données de l’étude ObEpi-Roche 2024, environ 17% de la population adulte est obèse (IMC supérieur ou égal à 30), et près de la moitié est en surpoids.
Face à cette épidémie mondiale, les approches traditionnelles — régime alimentaire, exercice physique, thérapies comportementales — montrent des résultats limités sur le long terme pour de nombreux patients. La chirurgie bariatrique reste efficace mais invasive et réservée aux cas les plus sévères. Les GLP-1 comblent un vide thérapeutique entre ces deux extrêmes.
Le contexte de la décision
Avant décembre 2025, l’OMS n’avait émis aucune recommandation spécifique sur l’utilisation des médicaments anti-obésité de dernière génération. Cette absence de positionnement créait une situation inégale : les pays riches prescrivaient massivement ces traitements (notamment les États-Unis et l’Europe), tandis que les pays à revenus faibles ou intermédiaires n’avaient aucun cadre pour évaluer leur pertinence.
La publication de ces lignes directrices répond donc à un double objectif : guider les professionnels de santé du monde entier et poser les bases d’un accès plus équitable à ces traitements.
Ce que recommande l’OMS
Recommandation conditionnelle pour un usage au long cours
L’OMS formule une recommandation conditionnelle en faveur de l’utilisation des agonistes du récepteur GLP-1 pour le traitement de l’obésité chez l’adulte. Le terme “conditionnel” signifie que le niveau de certitude des preuves est modéré et que l’utilisation doit être encadrée par des conditions précises.
Concrètement, l’OMS recommande que les GLP-1 :
- Soient prescrits en association avec des interventions comportementales (alimentation, activité physique, soutien psychologique) — jamais comme traitement isolé
- Soient utilisés comme traitement au long cours, car l’arrêt du médicament entraîne généralement une reprise de poids
- Soient initiés et suivis par des professionnels de santé formés à la prise en charge de l’obésité
- Ne soient pas prescrits à des fins esthétiques ou pour un simple surpoids sans complication
Les critères d’éligibilité selon l’OMS
L’OMS précise que ces traitements sont particulièrement pertinents pour :
- Les adultes présentant un IMC supérieur ou égal à 30 kg/m² (obésité)
- Les adultes avec un IMC supérieur ou égal à 27 kg/m² accompagné d’au moins une comorbidité liée au poids (diabète de type 2, hypertension, apnée du sommeil traitée par GLP-1, maladies cardiovasculaires)
- Les patients chez qui les interventions non pharmacologiques seules se sont avérées insuffisantes après une durée raisonnable
Ce que l’OMS ne recommande PAS
Le document est également clair sur les limites :
- Pas de prescription pour les enfants et adolescents en l’état actuel des preuves (des études sont en cours)
- Pas d’utilisation pendant la grossesse ou l’allaitement
- Pas de prescription sans suivi médical structuré
- Pas de substitut aux changements de mode de vie — les GLP-1 doivent accompagner, pas remplacer, une prise en charge globale
Les preuves scientifiques sur lesquelles s’appuie l’OMS
Les études cliniques déterminantes
L’OMS a fondé ses recommandations sur une revue systématique des essais cliniques randomisés disponibles. Parmi les études les plus influentes :
Études STEP (sémaglutide 2,4 mg — Wegovy/) : Ces essais ont démontré une perte de poids moyenne de 15 à 17% du poids corporel initial sur 68 semaines, avec une amélioration significative des paramètres métaboliques et cardiovasculaires.
Études SURMOUNT (tirzépatide — Mounjaro/) : Le tirzépatide, qui agit à la fois sur les récepteurs GLP-1 et GIP, a montré des pertes de poids encore plus importantes, jusqu’à 20-25% du poids initial dans certains essais.
Étude SELECT : Cette étude majeure a démontré que le sémaglutide 2,4 mg réduit de 20% le risque d’événements cardiovasculaires majeurs chez les patients obèses, indépendamment du statut diabétique. Ce résultat, qui confirme les bénéfices cardiovasculaires documentés des GLP-1, a particulièrement pesé dans la décision de l’OMS.
Le rapport bénéfice/risque évalué par l’OMS
L’OMS reconnaît que les effets secondaires digestifs (nausées, vomissements, diarrhée) sont fréquents mais généralement temporaires et gérables. Consultez nos guides détaillés sur les effets secondaires d’Ozempic et les effets secondaires de Wegovy pour plus d’informations.
Les risques plus rares (pancréatite, calculs biliaires) sont mentionnés mais considérés comme acceptables au regard des bénéfices démontrés sur la santé globale des patients obèses. L’OMS souligne également les bénéfices inattendus des GLP-1 sur la réduction des addictions — alcool, tabac et opioïdes — qui s’ajoutent aux effets sur le poids.
Ce que cela change pour les patients français
Impact sur le remboursement en France
En France, les décisions de remboursement ne dépendent pas directement de l’OMS mais de la Haute Autorité de Santé (HAS) et du Comité Économique des Produits de Santé (CEPS). Cependant, les recommandations de l’OMS constituent un argument de poids dans les négociations en cours.
La HAS a déjà rendu un avis favorable au remboursement de Wegovy. Les négociations de prix avec le CEPS sont en cours. Le remboursement GLP-1 en France en 2026 est possible au second semestre 2026. Les lignes directrices de l’OMS renforcent considérablement le dossier médico-économique en faveur de ce remboursement.
Pour connaître les prix actuels des traitements GLP-1 en France, consultez nos guides sur le prix Ozempic et le prix Wegovy.
Impact sur les pratiques médicales
Les recommandations de l’OMS devraient encourager les médecins français encore réticents à prescrire ces traitements. En effet, l’obésité reste parfois sous-traitée en France, avec une tendance persistante à considérer la prise en charge comme relevant uniquement du mode de vie.
Depuis juin 2025, tout médecin en France peut prescrire les GLP-1 pour l’obésité (la prescription n’est plus réservée aux spécialistes). Les lignes directrices de l’OMS légitiment cette évolution réglementaire et fournissent un cadre clair aux praticiens.
Impact sur l’accès mondial aux traitements
L’un des enjeux majeurs soulevés par l’OMS est la question de l’équité d’accès. Actuellement, le coût élevé des GLP-1 — entre 200 et 400 euros par mois sans remboursement — les rend inaccessibles pour la grande majorité de la population mondiale.
L’OMS appelle les fabricants à rendre ces traitements financièrement accessibles et encourage le développement de biosimilaires. Novo Nordisk et Eli Lilly, les deux principaux fabricants, sont directement interpellés par cette recommandation.
Les limites reconnues par l’OMS
Des données encore incomplètes
L’OMS souligne elle-même les limites des connaissances actuelles :
- Données à très long terme limitées : Les essais cliniques les plus longs couvrent 2 à 4 ans de suivi. On manque encore de recul sur les effets à 10 ou 20 ans
- Effet de la reprise de poids à l’arrêt : La majorité des patients reprennent du poids après l’arrêt du traitement, ce qui pose la question de la durée optimale de prescription
- Populations sous-représentées : Les études comportent moins de données pour certaines populations (personnes âgées, certaines ethnies, patients avec comorbidités multiples)
La question de la médicalisation de l’obésité
Certains experts et associations de patients ont exprimé des réserves quant à une médicalisation excessive de l’obésité. Ils craignent que la disponibilité de traitements pharmacologiques efficaces ne détourne l’attention des causes structurelles de l’épidémie d’obésité : environnement alimentaire, sédentarité, inégalités sociales.
L’OMS répond à cette critique en insistant sur le fait que les traitements médicamenteux ne doivent pas se substituer aux politiques de santé publique (taxation des boissons sucrées, promotion de l’activité physique, amélioration de l’offre alimentaire). Les deux approches — individuelle et collective — sont complémentaires.
Questions fréquentes
L’OMS recommande-t-elle Ozempic pour perdre du poids ?
L’OMS recommande les agonistes du récepteur GLP-1 de manière générale, sans nommer de marque spécifique. Ozempic (sémaglutide) est indiqué pour le diabète de type 2, tandis que Wegovy (même molécule, dosage plus élevé) est spécifiquement approuvé pour l’obésité. C’est Wegovy qui correspond le mieux aux recommandations de l’OMS pour la perte de poids.
Les recommandations de l’OMS sont-elles contraignantes ?
Non. Les recommandations de l’OMS sont des avis d’experts destinés à guider les politiques de santé nationales. Chaque pays conserve sa souveraineté en matière de décisions réglementaires et de remboursement. En France, c’est la HAS qui décide.
L’OMS recommande-t-elle ces traitements pour les personnes en simple surpoids ?
Non. Les recommandations ciblent spécifiquement l’obésité (IMC >= 30) ou le surpoids avec comorbidités (IMC >= 27 avec complications). L’OMS ne recommande pas l’utilisation des GLP-1 pour des objectifs esthétiques ou un surpoids isolé sans complication de santé.
Ces recommandations accéléreront-elles le remboursement en France ?
C’est probable. L’avis de l’OMS renforce le dossier médico-économique présenté à la HAS et au CEPS. Le remboursement de Wegovy en France est attendu pour le second semestre 2026, et ces recommandations devraient contribuer à accélérer le processus.
Quelle est la différence entre “recommandation conditionnelle” et “recommandation forte” ?
Une recommandation “forte” signifie que les bénéfices l’emportent clairement sur les risques pour la grande majorité des patients. Une recommandation “conditionnelle” signifie que les bénéfices sont probables mais que le niveau de preuve ou les préférences des patients peuvent influencer la décision. Pour les GLP-1, le caractère “conditionnel” reflète principalement le manque de données à très long terme.
Conclusion
Les lignes directrices de l’OMS sur les GLP-1 et l’obésité marquent un tournant dans la reconnaissance médicale de cette maladie chronique. Pour la première fois, une institution mondiale de référence affirme que les traitements pharmacologiques ont leur place dans la prise en charge de l’obésité — à condition d’être intégrés dans une approche globale incluant alimentation, activité physique et soutien comportemental.
Pour les patients français, cette décision renforce l’espoir d’un remboursement prochain et d’un accès facilité à ces traitements qui ont déjà transformé la vie de milliers de personnes.
Sources : OMS - Lignes directrices sur l’utilisation des médicaments GLP-1 dans le traitement de l’obésité (décembre 2025), Le Moniteur des Pharmacies, Institut Pasteur de Lille. Consultez votre médecin pour des conseils personnalisés.
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